Chronique (2026)

Emprises & dépendances – divers – voyageurs
Cuit
Autour de l’épisode neigeux annoncé pour le dimanche 15 février au matin et de sa veille, notamment dans le secteur de La Verrière à Rambouillet (Yvelines)
L’annonce sous forme de préalerte météo d’un nouveau mais bref épisode neigeux dès le vendredi 13 février incite une certaine SNCF à recourir à une forme de prudence qui me dépasse décidément, jusqu’à préparer à l’idée certains postes d’aiguillage de l’axe d’envisager des restrictions de manœuvre d’aiguilles voire, par flou d’information ou par interprétations individuelles, des restrictions d’usage des réchauffeurs d’aiguille, dont le rôle est pourtant parfaitement justifié en cas de givre comme de neige (ou de neige tombante dans le but d’éviter toute formation de glace et d’obstacle à leur manoeuvre).
A force de prudence, restrictions en tous genres, itinéraires prioritaires à maintenir dégagés (que des référentiels listent non sans contradiction), les trains continueront-ils à circuler sur le réseau ? Le simple fait d’envisager de limiter les dégarages du matin et de fait, supprimer des circulations, avec l’appui de la salle de crise ouverte en conséquence, en dit long sur l’exploitation malheureuse d’aujourd’hui.
Passerions-nous progressivement dans certains secteurs d’une posture de résilience à des stratégies d’évitement ? L’absence de toute prise de risque au détriment de la qualité de service ?
La compagnie nationale semble donc continuer d’œuvrer à son autodestruction en ne cessant jamais d’inciter la population à se détourner de son offre, pourtant de service public, ce que nombre de travaux d’infrastructure, dont le volume (qui explose ces dernières années) et l’impact en heures creuses, ne peuvent que renforcer, alimentant toujours une forme de (sentiment de) déclassement. L’avenir du rail serait-il cuit ? Plus par les réchauffeurs, en tout cas.

Emprises & dépendances – divers – voyageurs
D’hier et d’aujourd’hui
Sur les traces de l’ancienne ligne de Besançon à Pontarlier (Doubs), début février 2026
Une nouvelle opportunité de voyage me donne l’occasion de traverser Cléron, où l’ancien passage du gué offre un point de vue approprié sur le château de Cléron d’une part, et le viaduc sur la Loue d’autre part.
Une replongée dans l’ouvrage des chemins de fer du Doubs* n’inviterait-elle pas à une mise en miroir d’hier et d’aujourd’hui, sur cette courte portion de l’ancienne ligne à voie métrique reliant Besançon à Pontarlier via Amathay Vésigneux et Entreportes et dont l’activité cessa au début des années 1950, après une exploitation d’une quarantaine d’années par la compagnie des Chemins de fer du Doubs ? Les chauve-souris qui s’y logent en ont-elles seulement conscience ?

*Les chemins de fer du Doubs – Le tacot (Les Presses du Belvédère, août 2004)

Incivilités – malveillance
Nuisances sonores
Train PORO de 08h33 au départ des Essarts le Roi, à destination de Paris Montparnasse, sur la ligne de Paris Montparnasse à Brest, samedi 07 février 2026
Assez tôt au cours du trajet, un homme d’une quarante à cinquantaine d’années, assis à proximité relative de moi, sort son téléphone mobile et se met à écouter quelques sons jusqu’à ce qui s’apparente à une prière musulmane, depuis le haut-parleur de son appareil. L’homme ne déroule heureusement pas le tapis ni ne se met en position, et si la tonalité orientale de la voix qui s’y emploie n’est pas sans susciter un intérêt presqu’artistique, le lieu et le moment sont mal choisis, et tout à fait inappropriés. L’homme ne semble aucunement prendre en compte son environnement et ne semble pas plus prêter attention à mes coups de regard latéraux répétés. Sans résultat, la gêne ne tardant pas à devenir nuisance, et ne cherchant pas à bouillir intérieurement davantage d’autant que je me rends à un mariage, par ailleurs toujours sur mes gardes quant aux réactions potentielles de certains, qui plus est dans un espace confiné, me voilà évoluant vers la tête de train. Mais après la desserte de Versailles Chantiers, le son d’un rap peu reluisant nous est imposé d’entendre depuis les écouteurs d’un passager installé plus loin derrière moi. La tête de train est désormais bondée, toutes les places sont occupées. Cette séquence, s’étalant sur la suite du parcours, en agace plus d’un, dont un père et son fiston à proximité immédiate de moi. Le fils identifie le rappeur en question tout en suggérant à son père d’éviter toute escalade. Après quelques commentaires entre voisins, le père finira par demander à l’individu de baisser le volume au moyen d’une langue des signes improvisée, ce qui sera fait…après un délai relatif.

Emprises & dépendances – divers – voyageurs
Poste 5
Trappes triage (abords), janvier 2026
Le samedi 17 janvier au matin, s’ouvre un chantier de démolition à Trappes. Au programme, des travaux en continu (roulement en 3*8) sur deux week ends consécutifs et sous consigne réglementaire adaptée pour l’occasion et la configuration locale, avec un train travaux stationné sur le domaine protégé à l’accord des protections du personnel, deux lorries automoteurs rail-route (pelle et nacelle), et des conséquences anticipées sur certaines installations de sécurité (aiguilles…). Après les premières opérations de dépose (bardage, toiture en fibrociment…), le bon vieux poste 5, poste cabine surélevé doté d’une ossature métallique comblée de briques, disparaît définitivement du décor dimanche 25 janvier.
Je l’ai toujours connu vide, abandonné, laissé pour mort le long de la voie 1, au pied d’un pont-route en béton et à quelques centaines de mètres d’une cité HLM dominante et identifiable ; poste dont il se disait depuis longtemps qu’il maintenait la voie…interprétation ? Légende urbaine ? Rumeur ? En vérité, des blochets furent installés à demeure il y a nombre d’années pour « maintenir » la voie dans un but de stabilisation des appareils de voie de la traversée de la zone (sous surveillance), en attendant les travaux (prévus) de régénération des aiguilles en question.
Ne me reste donc plus que quelques photos comme traces de ce petit bout de patrimoine industriel, dont l’utilité devint obsolète à l’ouverture du poste 1 de La Verrière au début des années 1990.

A une échelle plus nationale, si l’on découvrait récemment l’étendue des dégâts de l’impressionnant déraillement du train de marchandises en pleine ligne au niveau de Carentan (Manche) le 11 janvier dernier, sans cause clairement établie (encore que l’hypothèse de l’aiguille de raccordement à une voie de service de la gare semble avoir retenu l’attention d’enquêteurs – « en très mauvais état »), on pourra continuer de s’interroger quant au silence manifeste autour du quasi nez-à-nez survenu le 06 septembre 2025 entre Saint-Antoine et St-Joseph, au nord de Marseille, où deux trains voyageurs se sont retrouvés arrêtés à 30 mètres l’un de l’autre, face à face, a priori suite à une défaillance humaine dans l’application d’une procédure réglementaire en poste d’aiguillage, d’après les premiers éléments découverts dans la fiche de présentation de l’événement par le Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre. Prenons le train…ni trop en tête, pour éviter les risques de nez-à-nez, ni trop en queue, pour éviter les rattrapages…

Emprises & dépendances – divers – voyageurs
Climatique
Sur les traces de l’ancienne ligne de Salins les Bains (Jura) à Levier (Doubs), début janvier 2026
De retour dans le Jura, qu’un trajet à bord de l’autorail habituel parti de Dole introduit, cette année encore, dans la beauté du givre et de la neige environnante. Lors de ma descente à Andelot, l’agent du poste quitte le bâtiment voyageurs et s’avance dans les emprises muni d’une pelle à neige. Les conditions climatiques ne plaisantant pas dans le secteur, je ne connaîtrai pas (ou si peu) de températures positives au cours du séjour.

Dans le petit hall ou salle d’attente au charme éternel de cette gare aux dimensions devenues disproportionnées au regard de la si modeste activité d’aujourd’hui (loin est le temps du transfert des bois par rail), placardé en lieu et place de l’ancien guichet, un tract syndical renvoyant vers une pétition en soutien à la ligne des Hirondelles donne le ton, pointant les fragilités persistantes d’un réseau toujours plus fragmenté et d’un sens du service rendu discutable, agrémenté de réflexions environnementales et sécuritaires.

Les déambulations exploratoires au gré du séjour me conduisent à traverser une partie de la forêt communale de Lemuy, suivant l’ancien tracé du tacot historique en remontant la ligne en direction de Salins, parcourant bois de résineux et passage en tranchée.

neige, panneau, paysage
Rue de l’ancienne gare (bâtisse au fond à gauche), Lemuy (Jura), vue vers Andelot
Janvier 2026

Dans un deuxième temps, l’ouvrage en béton sans cachet découvert par hasard en abordant un virage routier à l’extrémité sud de Salins (viaduc du Martinet) intrigue par sa plateforme en U (ou en V), mais doit sa présence à la topographie du tracé historique du tacot, dont un ouvrage spécialisé sur les chemins de fer locaux* mentionne un arrêt à proximité immédiate du temps de son exploitation (halte du Martinet), introuvable sur mes cartes, même anciennes.
Dans un troisième et dernier temps, une énième virée autour de l’ancienne gare d’Arc sous Montenot, « spot » devenu emblématique de mes virées du secteur, mais où retirer les gants le temps de quelques photos en ce début janvier 2026 relève presque de l’exploit tant le froid attaque la peau.

Le retour en région parisienne sera un brin plus chaotique avec la suppression de plusieurs circulations dès le matin du 07 janvier, conséquence des conditions climatiques et d’une défaillance matérielle annoncées, m’amenant à emprunter un premier TER agréablement chauffé au parcours à l’ensoleillement idéal jusqu’à Besançon, d’où l’emprunt d’un deuxième TER, d’un confort plus relatif, me permettra de gagner Dijon après un échange fort sympathique avec un contrôleur à bord ; Dijon où mon temps de correspondance à quai, pourtant d’à peine quelques minutes, semblera l’un des plus longs de ma vie tant le froid y est pénétrant.
Le retard à Paris du fait des solutions de substitution aura peut-être été inspirant : la ville, semblant désorientée à cause des quelques centimètres de neige tombée et des chaussées boueuses, semble gentiment se relever des difficultés matinales après l’interruption du trafic des bus, et la « ligne N », desservant l’ouest parnassien, qui reprend du service en ce début d’après-midi seulement, après une interruption totale des circulations dont je m’explique toujours mal la cause, le réseau disposant pourtant de réchauffeurs d’aiguille…on ne sait plus faire.

*Les chemins de fer du Doubs – Le tacot (Les Presses du Belvédère, août 2004)